5 - Hors du Béarn, en terre gasconne 

Nous vivons sur une île de placide ignorance,

Au sein des noirs océans de l’infini,

et nous n’avons pas été destinés à de longs voyages.

H.P. Lovecraft. « Le mythe de Cthulhu » 

Préparer le voyage, se convaincre d’abord

 

Ici, il est temps de se poser la question : mais d’où vient le nom de Maucor, s’il ne vient pas de ce village béarnais ? D’un autre lieu du nom de Maucor, certes. Mais quel lieu pouvait avoir donné à son seigneur un tel nom ?

L’Institut Géographique National, l’IGN, digne successeur des Cassini, répertorie aujourd’hui en France :

·         2 toponymes du nom de Maucor,

·         7 toponymes du nom de Mauco,

·         aucun du nom de Maucoo.

 

L’étonnant n’est pas de découvrir un deuxième toponyme Maucor, mais qu’il se situe en Bourgogne. Qu’allons-nous faire là-bas ? Méfiance et curiosité.

Sur la petite commune de Bouze-lès-Beaune, parmi les vignes de la Côte de Beaune, il existe un site nommé « le champ Maucor », lieu-dit non habité. Ici sont produites les appellations bourgogne aligoté, bourgogne hautes côtes de beaune, bourgogne passe-tout-grains ou pommard… entre Nuits-Saint-Georges et Meursault. Mais ne nous laissons pas distraire.

Quant aux toponymes Mauco, plus nombreux, s’ils nous mènent aussi hors du Béarn, ce sera sur des terres de Gascogne. Mais toujours il s’agit de noms de lieux habités, commune ou maison isolée ! A Lasseube, au nord de Morlaàs, à Lagarde-Hachan dans le Gers, à Dax, à Bas et Haut-Mauco dans les Landes, à Bieujac en Gironde. Un nom disséminé comme des champignons dans un pré, autour d’une géniteur disparu. Il nous faudrait trouver le cœur géométrique de ces lieux, qui devrait en être le cœur historique.

Ce cœur semble être au sud des Landes, en Chalosse. Ici se trouvent Haut et Bas-Mauco, deux petites communes.

MAUCO : Bas et Haut. Landes. 185 h. 33-68 m. 4 km de Saint-Sever.  

Le dictionnaire de P.Jouanne nous renseigne une fois de plus : Mauco, Haut et Bas, n’ont pas d’école, pas de poste, et surtout pas de château, même en ruine ! Il n’aurait donc pas existé de seigneur de Mauco ? La maxime «Nulle terre sans seigneur» n’aurait-elle pas été appliquée ? Dans une digne chasse au trésor il y a toujours un parchemin mystérieux pour donner la clé.

Il faut se résoudre – de mauvais cœur diront les bons esprits - à quitter le Béarn, nonobstant l’absence de château à Mauco, en Chalosse. Il faut quitter le Béarn : aucun seigneur de Maucor n’y a été recensé avant 1481, avant Noble Francès.

Francès en béarnais. François en français. Le Français ! Le Béarn souverain avait pour voisin la France. Fait notable, du temps de Francès, le souverain de Béarn s’appellait Francès-Fébus, François-Phébus en français. Ce qui fait écrire à l’historien béarnais du Béarn, Pierre Tucoo-Chala : Le nom de François-Phébus est étrange ; il cache en fait tout un programme politique et une orientation nouvelle. Il veut dire : une politique des vicomtes de Béarn tournée vers la France.

Tucoo-Chala nous donne aussi la clé qui ouvrit au Béarn, deux siècles plus tôt, la porte du monde gascon. Il dit en substance : grâce à une politique matrimoniale remarquable – des mariages biens pe(n)sés – due à Gaston VII (1229-1290), les vicomtes de Béarn étaient devenus vicomtes de Marsan et de Gabardan, au nord du Béarn. Soudé au Marsan et au Gabardan, le Béarn constituait - au XIV°s. - un bloc occidental participant au monde gascon.

En 1385, au moment où à Abos, Morlaàs, Sendets et  Sarpourenx vivaient des Maucor, alors que le village de Maucor n’existait pas encore, le Béarn était intimement lié à ces terres voisines, pourvoyeuses de seigneurs. Voilà une belle clé. Nous nous devons d’aller explorer cette partie de la Gascogne, rattachée au Béarn après un mariage judicieux.

En Chalosse ! La Forêt des Tourments

 

Qui craint les feuilles, n'aille pas au bois

Vieux proverbe

Convaincus par tant d’arguments, nous voilà partis – à cheval et sans attendre – pour d’autres contrées.

De Maucor, il suffit de suivre le cours du Luy de France, le bien nommé, qui nous mène, au nord-nord-ouest, en Chalosse, vicomté de Marsan, Gascogne, France. Rappelez-vous, le dictionnaire de P.Joanne nous l’indique : Maucor est situé sur une colline entre le Luy de France et le Luy de Béarn.  

Nous passerons Thèze, puis Arzacq et Arraziguet, aux noms en «ara» (terre, région, pays) à la racine si lointaine qu’ils nous transportent au millénaire où des hommes d’Afrique sont venus ici par la péninsule ibérique; nous laisserons à l’ouest des lieux aux noms inquiétants : Malaussanne, le «mauvais terrain pierreux», puis Hagetmau, le «mauvais bois de hêtres», le ruisseau de Malabat, mala vath, la «mauvaise vallée», à Doazit.

 

Voici Saint-Sever Cap de Gascogne, sur les derniers contreforts pyrénéens, dominant l’Adour qui protège la cité par le nord. Cap, extrémité d’où l’on domine une partie de la plaine gasconne.

Saint-Sever, archiprêtré de Chalosse, diocèse d’Aire-sur-l’Adour et son abbaye bénédictine, élevée en 982.

Saint-Sever dont ici on ne prononce pas le «r» final, comme on ne prononça plus parfois le «r» de Maucor.

Saint-Sever célèbre pour ses cadets et ses poulets élevés au grain et en plein air.

 

 

 

Au nord, au-delà de Saint-Sever, après avoir traversé l’Adour, souvent infranchissable à la mauvaise saison, une grande surprise…

Du temps de Francès, point de village ! Point de Haut-Mauco ou Bas-Mauco, mais … « La Forêt de Maucor »[1][42] ! Une vaste forêt de chênes que les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle venant de Vézelay par Bazas et Saint-Pierre-du-Mont – de Marsan - devaient traverser pour gagner, à Saint-Sever[2][43], le gîte de l’hôpital du Bas du Pouy. Quatre lieux, quatre heures de marche dans une forêt sombre, épaisse, humide. Quatre heures d’inquiétude. C’est, en gascon comme en béarnais, «la forêt des tourments», sans aucun doute !

Cette grande et inquiétante forêt de chênes de Maucor n’était pas l’exception. Hagetmau, la «mauvaise forêt de hêtres», toute proche, est là pour rappeler qu’après Saint-Sever, sur le chemin de Saint-Jacques, une autre rude étape attendait le pèlerin.

Le moine français Aymeri Picaud fit le pèlerinage de Compostelle en 1123. De longs mois de marche à raison d’une moyenne de trente kilomètres par jour pour traverser la France et le nord de l’Espagne. Dans ce qui allait  être reconnu comme le premier guide touristique au monde, le Codex Calixtinus, son «Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle», écrit en latin et publié en 1139, il identifie les zones dangereuses à traverser. La plus inquiétante reste pour lui celle des landes bordelaises, la Grande Lande. Avait-il traversé ensuite la Forêt de Maucor ? Il en aurait parlé !

 

«Forêt des tourments» où vivaient d’autres hommes inquiétants, des paysans glaneurs de baies, déterreurs de racines, des charbonniers, des forgerons, des boisilleurs, scieurs de long, des quêteurs de mile sauvage, des ermites, lointains descendants des druides, que l’on consulte comme des médecins ou des chamanes, des hors-la-loi, des routiers, des pillards, enfin des exclus. La forêt  profonde était un lieu maléfique, où les hommes des villages n’osaient s’aventurer, parce qu’ils craignaient les sorcières, les brouches, et toutes les fées, si nombreuses en piémont pyrénéen. On revoit les grandes peurs du Moyen-Age, la peur d’être attaqué, dépouillé, en traversant les forêts où régnait le «mal», le Malin, le Diable.

«Forêt des tourments» d’où les loups sortaient pour attaquer les hommes lorsqu’ils les sentaient faibles.

C’était aussi le lieu de refuge, dans la forêt de Maurois - Mau-rois ! -  pour Tristan et Iseult, dans la forêt de Brocéliante pour Lancelot et Perceval, dans la «gaste»[3][44], l’hospitalière forêt pour Huon de Bordeaux.

La forêt c’était le lieu où vivaient les fées, qui ne supportaient pas le son des cloches. Mais les cloches de l’abbaye de Saint-Sever paraissaient bien loin !

La forêt était un lieu de choix pour les monastères médiévaux, fer de lance d’une reconquête des terres et des âmes. Il fallait nourrir une population plus nombreuse. Les essarteurs du haut Moyen-Age défrichèrent la forêt autour des abbayes. Ils nommèrent des lieux. Des noms sont venus remplacer ou s’ajouter aux anciens. Ils donnèrent aux terres conquises les noms de Lartigue, Artigau, Artigue, Artiguelouve, Artiguelongue, Artiguebielle, Artix. Dans la forêt de chênes, ces lieux s’appelaient Forcade, Fourcade, Lafourcade, Hourcade. De même dans le bois de hêtres ils s’appelaient Fayet, Mifaget, Haget. Et lorsque le lieu inspirait des sentiments de crainte, d’inquiétude, de danger ils ont dit : Hagetmau, Maubourguet, Malabat, Lucmau (mauvais bois, du latin lucus), Maucor, ou tout simplement Mau.

Voilà trouvée la signification de Maucor !

Maucor est, bien banalement, un toponyme. Ce qui confirme son essence «pyrénéenne», au sens large, et rejette sans aucun doute possible l’idée qu’il s’agisse d’un simple sobriquet ! Mais c’est un toponyme exceptionnel. Contrairement à la plupart, il n’est pas purement descriptif de la géographie du lieu, il n’est pas neutre. Il est né des forts sentiments inspirés à l’homme par le lieu ; il rappelle à tous et à tout moment les risques, dans cette ambiance de peurs lancinantes vécue par nos ancêtres, au Moyen-Age. Voilà qui donne au nom de Maucor une identité originale, une saveur particulière.

Si vous êtes dans des lieux glissants, humides, marécageux et malsains, sortez-en le plus vite que vous pourrez... s’il y a des forêts aux environs, laissez-les derrière vous.

Ainsi parlait le Chinois Sun Tsu[4][45] il y a bien longtemps. Il parlait de «lieux de mort» :

… par des lieux de mort, j’entends tous ceux où l’on se trouve tellement réduit que, quelque parti que l’on prenne, on est toujours en danger ; j’entends des lieux dans lesquels si l’on combat on risque évidemment d’être battu, dans lesquels si l’on reste tranquille, on se voit sur le point de périr de faim, de misère ou de maladie ; des lieux, en un mot où l’on ne saurait rester et où l’on ne peut survivre que très difficilement en combattant avec le courage du désespoir.

La Forêt de Maucor, ainsi nommée par ceux qui la connaissaient, présageait mal pour les pèlerins engagés sur la route de Compostelle. Y avait-il un meilleur choix de passage ? Non, assurément pas, sinon à aller se risquer sur un autre gué.

Sun Tzu ajoute :

Quelque critique que puisse être la situation et les circonstances, où vous vous trouvez, ne désespérez de rien; c’est dans les occasions où tout est à craindre que qu’il ne faut rien craindre. C’est lorsqu’on est environné de tous les dangers qu’il ne faut en craindre aucun.

Forts de cet enseignement universel, et après quelques prières dans la pauvre église de Saint-Médard, ils se groupaient et s‘engageaient dans la forêt pour rejoindre Saint-Sever, au-delà de l’Adour. Et si le gué est profond,  traverse le tout habillé, s’il ne l’est pas, retrousse ton vêtement ajoute Confucius, citant le Livre des Odes.

Le moine Picaud, pour la suite du voyage, donne d’autres conseils pratiques :

A la sortie de ce pays, le chemin de Saint-Jacques croise deux fleuves qui coulent près du village de Saint-Jean-de-Sorde, l’un à droite, l’autre à gauche; l’un s’appelle gave, l’autre fleuve[5][46]; il est impossible de les traverser autrement qu’en barque. Maudits soient les bateliers ! En effet, quoique ces fleuves soient tout à fait étroits, ces gens ont cependant coutume d’exiger de chaque homme qu’ils font passer de l’autre côté, aussi bien du pauvre que du riche, une pièce de monnaie et pour un cheval, ils en extorquent indignement par la force, quatre. Or leur bateau est petit, fait d’un seul tronc d’arbre, pouvant à peine porter leurs chevaux; aussi quand on y monte, faut-il prendre bien garde de ne pas tomber à l’eau. Tu feras bien de tenir ton cheval par la bride, derrière toi, dans l’eau, hors du bateau, et de ne t’embarquer qu’avec peu de passagers, car si le bateau est trop chargé, il chavire aussitôt.

  

L’Apocalypse à Saint-Sever

 

Les épidémies, les famines, les maux, frappaient les habitants des villages et des bourgs. Le mal ardent, maladie terrible était due à l’ergot du seigle, un champignon hallucinogène, mais ils ne le savaient pas . La peste tua jusqu’à la moitié de la population ; et aussi le choléra, la tuberculose, le mal napolitain[6][47].

Dans cette ambiance peu propice à la rêverie, près de cette forêt, est né au XI°s. dans la tête et des mains des moines bénédictins de l’abbaye de Saint-Sever, le livre de l’illustration de l’Apocalypse de Saint-Sever.

Vers 1030, ces moines ont magnifiquement illustré l’Apocalypse de Jean, livre annonciateur de la fin des temps pour certains. Un livre qui aurait été écrit au premier siècle, dans lequel il est dit que le Diable se libèrerait dans mille ans…justement. Plus exactement, ils ont enluminé les commentaires de l’Apocalypse de Jean, du moine espagnol Beatus, écrits vers 950.

Ils ont pris au mot le sens symbolique des mille ans, parce que Satan était partout en ce temps, avec, autres fléaux, les brigands, les guerres, les invasions, les chevauchées des seigneurs voisins, tuant, créant la famine, apportant la mort sous toutes ses formes.

Les chevaliers de l’Apocalypse de Saint-Sever piétinent les cadavres nus qui bientôt ressusciteront  par le jugement final[7][48]. La queue des chevaux est une tête de serpent, leurs têtes ressemblent à des dragons cracheurs de flammes. Pour ces hommes d’église les chevaliers incarnaient la violence, le trouble, c’est à dire le mal. Une autre superbe illustration montre un édifice militaire, les remparts d’une ville cernée de tours, qu’il entoure d’un serpent maléfique.

Avec la présence des Bénédictins puis des Jacobins à Saint-Sever et à Morlaàs depuis 1061, des liens existaient entre ces deux importantes cités. Saint-Sever et Morlaàs partageaient un goût commun pour l’Apocalypse. Le portail roman de l'église Sainte-Foy de Morlaàs, édifiée en 1080 par Centulle IV, vicomte de Béarn et d'Oloron, évoque la Vision que Saint Jean eut du Ciel et qu'il raconte dans l'Apocalypse, dit aujourd’hui le guide, avec sur le tympan ses vingt-quatre vieillards symboliques. Les Notices nous  rappellent qu’en 1131 Centulle V donne au monastère de Cluni, déjà patron du prieuré de Morlaàs, fondé en 1061, le cens de la moitié du bourg de Saint-Nicolas. Saint-Nicolas qui justement servit de base, avec le bourg de Lar, à la création de Maucor. Centulle V fit comme les ducs de Gascogne des X° et XI°s., qui avaient abandonné au clergé, pour «le salut de leurs âmes», une part importante de leurs domaines dans les pays de l’Adour. Le «monastère de Cluni», l’abbaye de Cluny si puissante, contrôla jusqu’à près de mille deux cents monastères en Europe occidentale. Le prieur de Sainte-Foy de Morlaàs était aussi directement nommé par l’Abbé de Cluny. 

Ainsi, en l’an mil, les abbayes ont cru vivre la fin du monde et Saint-Sever resplendissait dans les ténèbres du haut Moyen-Age. Des moines y établire une étonnante carte du monde. Saint-Sever y avait sa place.

Le moine Dom du Buisson écrivit plus tard une histoire du monastère de Saint-Sever - Historia monasterii S.Seberii – certainement digne d’intérêt pour les lecteurs du latin. Pour nous l’intérêt est très précis : Dom du Buisson y cite un certain Unaldus, vicecomes de Malker, contemporain de Etienne Garcia, l’illustrateur de l’Apocalypse. Pour Régis de Saint-Jouan, en bon latiniste, il s’agit évidemment de Unaud, vicomte de Maucor ! Régis nous a trouvé un ancêtre patronymique du XI°s.. Alléluia ! Maucor est né ici !

 

Vie et mort de la Forêt de Maucor

 

Cette vaste forêt de chênes, entre Adour, Midou et Midouze, avant d’être sillonnée par les pèlerins de Saint-Jacques, devait être magnifiquement impressionnante.

Non loin de là, Saint-Sever rayonnait. Le droit romain avait  marqué la région. Les paroissiens avaient des droits sur les forêts : Chacun Parroissien peut prendre des arbres és bois communs de la Paroisse, pour sa provision de ligne, de bois et fuste, pour bâtir en la Parroisse, et non pour vendre ne tirer hors de ladite Parroisse.[8][49] Puis, contrevenant à cette tradition, les souverains venus du Nord tentent d’appliquer ici la maxime «Nulle terre sans seigneur» et commence la distribution des terres sous forme de fiefs.

L’histoire chronologique de la Forêt de Maucor, devenu fief, est inspirée de l’article du colonel Jean de Lobit «La “forêt” de Mauco» paru en juin 1956 dans le Bulletin de la Société de Borda, lui-même inspiré des documents rassemblés par les avoués de Mont-de-Marsan et Saint-Sever, en vue de défendre les droits des héritiers du duc de Bouillon sur les débris du duché d’Albret usurpés pendant la Révolution. Incontinent je m’insurge contre l’usage abusif de ces guillemets par Jean de Lobit, «historien» compilateur, pour désigner la Forêt. Ils sont irrespectueux, ne faisant référence qu’à la situation présente. Même si la «forêt de Maucor» est, hélas, devenue «bois de Mauco» elle n’en a pas moins été une grande forêt de chênes légendaire. Oserait-on parler ainsi, avec des guillemets, du «pont» d’Avignon, sous le prétexte qu’il a été partiellement détruit ? La situation du pont est pourtant bien pire que celle de notre forêt : ce qui en reste n’assure plus la fonction de pont, même partiellement, alors que ce qui reste de la Forêt de Maucor assure encore relativement la fonction de forêt. J’ai dit.

 

1274, le 13 juin, eut lieu un accord et partage entre Monsur Na Ramon Arroubert, vicomte de Tartas et Madame Na Marie, dame de Cauna, sa belle-sœur, relativement à la forêt de Mauco et Senas er le péage de Cauna sur la rivière Adour. [9][50]

1276, le 12 avril, Arnaldus de Marcio, son mari(?), reconnaît tenir du roi d’Angleterre, Edouard I, souverain sur la Guyenne, le château de Cauna et avoir des droits sur la terre de Maucor. Castrum de Caunar et medietatem vic. de  Malcor, suivant les titres qu’elle fait valoir.

1287, les co-seigneurs de Maucor, na Marie de Cauna et le vicomte de Tartas, cherchent à attirer et fixer une population «émigrée» de laboureurs. Promesse de droits de bois pour bâtir, bois mort pour chauffer, soutrage pour l’engrais des terres, pâturage pour le bétail, panage et glandage pour les porcs… contre monnaie sonnante et trébuchante, contre cens et redevance pour ces «usages». (Ils) padouent de tout bois non portant fruits, de thuye, de fougère et d’herbe, ainsi que de ce qui est nécessaire pour couvrir leur maison s’ils en ont.

S’ils en ont…Quelques laboureurs s’installent, mais abusent de leur «droit d’usage» Ils dévastent de larges espaces de forêt qui deviennent landes. Seule une partie est mise en culture.

Le 5 janvier 1308, Amanieu d’Albret (Albret, pays des lièvres, de leporetum) achète l’une des co-seigneuries de Maucor au vicomte de Tartas (Tartas, pays des chênes-liège, de tartassu), dépourvu de descendance. Puis le temps passe…du moins Jean de Lobit laisse passer près de deux siècles et demi.

1548, Marguerite de Cauna, épouse du béarnais Paul, baron d’Andoins, vend sa dot à Henri II, roi de Navarre, sire d’Albret. Celui-ci voulait agrandir son domaine pour en faire un duché, ce que le roi de France, un autre Henri II, lui accorda.[10][51] Elle

a promis et accordé faire bendition (…) de la terre et la seigneurie de Maucor, assise en la sénéchaussée des Lannes, au siège de Saint-Sever, avecques toute justice haulte moyenne et basse, cens, rentes, et aultres droits que lad damoiselle a en la forest de Maucor et deppendantes dicelluy (…) pour le pris que entre euls il sera convenu…

(Elle a) en oultre promis et accordé ne copper, demolir, ne endomager lad forest de Maucor (…)

Par trois fois, dans l’acte de vente, Maucor a gardé son «r» !

1556, Mauco, baronnie, quitte Saint-Sever pour rejoindre la nouvelle sénéchaussée de Tartas installée par Jeanne d’Albret.

1621, Louis XIII concède aux Jacobins de Saint-Sever deux cents journaux dans la Forêt de Mauco, à prendre au quartier de Cénas, le futur Bas Mauco. Mais on n’y trouve que cent journaux disponibles…

1651, le duc de Bouillon est contraint par Anne d’Autriche de céder au roi de France les seigneuries de Sedan et Raucourt, en échange de terres de moindre valeurs stratégiques…dont la co-seigneurie de Mauco. Mais la Fronde vient troubler la Guyenne. Les lettres patentes, qui rendent officiel ce contrat, ne seront enregistrées qu’en 1662.

1652, La Forêt de Mauco est au cœur des affrontements entre les troupes de Monsieur le Prince, nouveau gouverneur de Guyenne, et celles fidèles au jeune roi. Henry de Laborde-Péboué, cadet de Gascogne célibataire (bon) vivant chez son frère aîné, à Doazit, près de Saint-Sever, voit ainsi l’Histoire[11][52] :

La vendange était faite au commencement de septembre, mais personne n'achetait point de vin à aucun prix, à la fin d'août 1651. C'était que pour lors on commença à parler qu'il y avait dispute et grande guerre entre le roi de France et M. le Prince ; M. ledit Prince arriva pour lors à Bordeaux pour être reçu gouverneur de la Guienne. Le roi était alors en âge de treize ans, tout le monde désirait la venue de Monsieur le Prince, croyant être à la fin de la guerre, mais ce fut bien le contraire, car Monsieur le Prince se fit payer les tailles par force et envoya grand nombre de cavaliers en Chalosse.(…) Lesdits cavaliers demeurant longtemps sur le pays fesant de grands ravages.

En janvier 1652, M. de Poyanne alla avec ses cavaliers attaquer les cavaliers de M. le Prince, en la Lande, au lieu nommé d'Arengosse, et en tua 10 et en mena prisonniers 50 à Dax(…) En novembre 1652, les cavaliers de M. de Poyanne vinrent en Chalosse et firent de grands ravages en Chalosse. Alors la mesure de froment valait 3 liv. 10 s., mesure de blé 3 liv., et le vin à bon compte, personne n'en achetait point.

L'on fesait de l'eau-de-vie à Doazit

et s'y brûlait grand vin de jour et de nuit.

 En décembre 1652, le temps était fort beau et le froment sorti par les champs, et sur la fin dudit décembre 1652, il arriva à Tartas un commandant de M. le Prince nommé M. Balthazar avec grand nombre de cavaliers, et d'abord qu'il fut à Tartas, il alla au Sabla de Dax mettre le feu à la maison de M. de Poyanne et fit de grands ravages et s'en retourna à Tartas, et se saisit aussi du château de Cauna (…) Et à la suite arriva M. de Candalle, fils de M. d'Epernon, avec fort grand nombre de gens fesant pour le roi, et se retira au Mont-de-Marsan et à Saint-Sever.

Embuscade (de l’italien imboscare, «se cacher dans la forêt»:

Le 28 décembre 1652, M. de Doazit en compagnie de M. de Bonnaguet son fils, partit de Doazit pour aller rendre visite audit M. de Candalle, mais malheur fut pour eux, car, étant au bois de Mauco, ils furent pris prisonniers par un commandant de Balthazar nommé Lartot et les mena audit Tartas ; et au bout de six jours, M. de Doazit eut permission d'aller jusqu'à Doazit.

Les cavaliers de Balthazar font tous les jours des courses par toute part et font de grands ravages.

«Escota si plau», écoute s’il pleut :

Le commencement de l'an 1653 est fort à craindre. Nous avons le grain fort cher, la mesure froment 3 liv. 15 s., mesure blé 3 liv. 4 s., mesure millet 2 liv. 15 s., mesure avoine 2 liv., le quintal de foin à 3 liv., et il ne se trouve point ni grain ni fourrage ; nous sommes à la grande faim.

Le 8 janvier 1653 la pluie a commencé en telle façon que l'Adour est devenue un peu grande, en telle façon que les gens de Balthazar ne peuvent passer l'Adour à gai, ce qui a fort soulagé les maisons de deçà l'Adour. 

1676. Un garde des bois et des chasses a pour charge de défendre les intérêts des seigneurs.

Vers 1700, le sieur Cabannes, nouveau baron de Cauna et Mauco, fait établir une tuilerie pour laquelle il fallut abattre une grande quantité de bois. Une bataille s’engage avec les «ayant droit d’usage», se plaignant des abus auprès du duc de Bouillon, l’autre co-seigneur. Mais les dévastations continuent. On reporte que le sieur Lafitte, Conseiller au Sénéchal de Saint-Sever, fit abattre vingt chênes pour que son frère, prêtre prébendier, puisse se faire bâtir une maison. En bois ?

1737. Me Bartouilh, notaire et greffier du duché de Nérac, constate que

les biens du duc de Bouillon sont mis au pillage, tandis que Me de Cabannes, étant sur place, garde bien sa portion.

Le 15 décembre 1739, le garde forêt Antoine Daugreuilh Pavillon, qui, dans l’année a dressé une centaine de procès-verbaux, supplie Me de Lamazelière de le relever de ses fonctions. Il ne veut plus s’exposer à la mort. Il vient d’être mis en joue, heureusement le coup à raté…

Me de Lamazielière, Président du Présidial de Nérac, chargé d’enquêter par le duc de Bouillon,  trouve alors plus judicieux de «donner à fief» des parcelles de Mauco. Il attribue des parcelles notamment à la veuve du seigneur d’Ostignol et d’Onnès, au vicomte d’Aurice, baron de Lamothe et de Leuy, seigneur d’Escoubès et de Sainte-Araille, au seigneur de Lanneplan, juge de Mauco. Ce seigneur, nommé Jean-Baptiste Durou, demande le droit de faire construire un moulin à vent au lieu dit Peille de lin, où il compte également bâtir la maison du meunier. Ce qu’il obtient contre 50 livres de droit d’entrée et 5 livres 3 deniers de rente annuelle.

1756, un conflit entre co-seigneurs aboutit à l’arpentage de la co-seigneurie. L’Autrichien Jean Kint, arpenteur général des Forêts de la généralité de Guyenne, établit à 2558 journaux la surface d’icelle. Soit environ 1300 hectares.

1759, M. de Cabannes se plaint d’abattages abusifs. Il engage un procès contre les usagers de la forêt.

Bas-Mauco avait seize feux en 1767.

La Révolution fit de Haut et Bas Mauco une commune unique.  Les habitants de Mauco décident, le 13 février 1792, de se partager les biens du duc de Bouillon et des Jacobins, qu’ils estiment communaux, c’est-à-dire sur lesquels les habitants ont des « droits communs ». Droits établis depuis 1287 ! Mais le Directoire du Département n’approuvant pas, ils usurpent…. La commune est scindée en deux en 1793. Haut Mauco rattachée au district de Mont-de-Marsan, Bas-Mauco à celui de Saint-Sever. Bas-Mauco installe une maison commune à Sainte-Eulalie, où ils déjà existait une école une église.et un cimetière. 

Le 9 Vendémiaire an VII (1798), la forêt de Mauco est mise sous la main de la Nation. Le garde général des Forêts Nationales à Tartas constate, huit jours après,

qu’il ne reste pas un arbre debout, que quelque peu de taillis qui repousse est dévoré par les bêtes à laine envoyées journellement par les habitants de Mauco et des villages voisins.(…) la Révolution étant survenue, les habitants et propriétaires de Mauco se partagèrent entre eux (sic) une grande partie de la forêt.

1816. Retour de la royauté avec Louis XVIII. Les héritiers du Duc de Bouillon retrouvent théoriquement leurs 652 hectares.

1830. Finalement, la Princesse Berthe de Rohan n’obtient que 127 hectares, le reste étant considéré comme ayant été mis en parcelles en 1757. 

Ce n’est qu’en 1846 que la Cour de Pau maintient finalement les détenteurs de parcelles de l’ancienne forêt de Mauco dans la propriété de leurs biens, conclut Jean de Lobit.

Et l’on apprend ainsi que la Cour de Pau a suivi le Parlement de Bordeaux plutôt que celui de Toulouse, en vertu du droit commun et l’usage ancien observé en Guyenne. Les paroissiens avaient l’usage des lieux communs sous certaines conditions. Ce droit commun issu du droit romain ne reconnaissait pas la maxime «Nulle terre sans seigneur» appliquée par le tribunal de Nérac, la cour d’appel d’Agen et défendue par le Parlement de Toulouse.

Durant ces périodes de dégradation continue de la forêt, les défenseurs des intérêts du duc ont toujours estimé qu’il lui était plus profitable de percevoir un cens, que de voir les arbres - le capital - abattus par les usagers. Et malgré cela, les chênes furent abattus. Le droit d’usage avait été interprété comme un droit d’abuser ; un droit «d’abusage», j’ose dire. Les guillemets de la «forêt» de Mauco ont un sens tragique.

 

Bonne terre, mauvais chemins

 

Vieux proverbe

 

L’idée que le patronyme Maucor soit un sobriquet a fait long feu, même si de récents dictionnaires n’ont pas brûlé l’idée[12][53].

Mais un autre contresens commis sur le toponyme Maucor, transmis d’auteur en auteur, a la vie dure : Maucor, «mauvais cœur», voudrait signifier terre ingrate. Pour dire l’ingratitude qu’aurait une terre peu reconnaissante de l’effort des paysans à la cultiver, du mal qu’ils se donnent. J’ai été moi-même tenté par cette explication. Elle paraît satisfaisante, mais elle est finalement aussi impertinente que l’est celle du sobriquet. Pourtant Maucor « terre ingrate » a tout l’air de rappeler cette époque médiévale de défrichement intense de terres incultes, autour de monastères, lorsqu’il fallut nourrir une Les paysans devaient gagner des terres sur la forêt ou la lande. population de plus en plus importante.

Georges Duby a superbement décrit l’Europe des siècles du Grand Pardon, c’est-à-dire du pèlerinage à Compostelle :

Très peu d'hommes - les solitudes s'étendent vers le Nord, vers l'Est, immenses, et elles finissent par tout envahir -, des landes, de marécages, des rivières vagabondes et des terres dépeuplées, parfois des bois, tout près, toutes les formes dégradées du bois après l'incendie de la broussaille ou les semailles furtives de ceux qui brûlaient les bois. De temps en temps, un espace de terre conquise par l'homme et presque sans apprivoiser : sillons superficiels, dérisoires, que les charrues en bois, tirées par de maigres bœufs laissaient sur la terre ingrate. De loin a loin, une ville pénétrée par le monde rural, et qui n'était que le squelette farci d'une ville du temps des romains. Elle était, peut-être, une muraille rapiécée du temps de l'Empire, et des bâtiments de pierre travaillée, profités pour bâtir des églises ou des châteaux dans ce qu'il en restait debout. Puis, une autre fois la forêt.

Ce que dit Georges Duby de la terre ingrate concerne l’Europe en général, qui peine à cultiver. Partout les bœufs sont maigres, partout la terre donne peu, malgré tous les efforts. La terre prise sur la Forêt de Maucor aussi, bien sûr. Mais est-elle plus ingrate qu’ailleurs ? Terre-Neuve, Baloutchistan, Sierra Nevada, Limousin, Turquie, Ouzbékistan, Burkina, Corse, Ecosse, Lubéron et même Médoc – qui a malgré tout donné le Château Pichon Longueville Comtesse Lalande, 1° grand cru classé - toutes ces terres qualifiées d’ingrates… Si bien que l’ingratitude a trouvé une image dans l’expression «semer en terre ingrate».[13][54] Et la terre du Lauragais :

Regarde ces deux arbres, poussés sur la colline,

Dans une terre ingrate ont poussé leurs racines…

Faal d’Occitanie, Les deux arbres.

Une terre où deux arbres font une forêt est une terre ingrate.Une terre qui donne une superbe forêt de chênes ne peut l’être.

Des noms de lieux gardent ici la mémoire de cette époque de dures conquêtes. Certains ont rapproché Maucor et Crèvecœur, du Pays d’Oil. D’autres, dans le même fagot, l’ont lié avec rancœur (rancor, en bas latin).

Malcuer, en vieux français, c’est aussi, et entre autres, ressentiment, comme mauco, suivant la définition de Simin Palay. Explication faussement solide parce qu’anachronique ! Ne l’oublions pas : Maucor a désigné une grande forêt, avant de désigner une terre en partie cultivée. David Chabas, un Landais qui connaît le pays landais mieux qu’un savant toponymiste, écrit[14][55] :

La grande forêt de chênes de Maucor tient une place notable dans l'histoire de Bas-Mauco.

Et il voit dans cette forêt traversée par les pèlerins un «mauvais lieu, passage précaire». Mais pas une terre ingrate !

Pour nous convaincre définitivement de la faiblesse des arguments en faveur de la «terre ingrate» pour qualifier la Forêt de Maucor, il faut lire ce qu’en écrivait le 26 thermidor an XII (Août 1804), le Directeur des Domaines des Landes à M.Bernadotte, Conservateur de la 12° Conservation des Bois et Forêts de Pau :

Il existe une lande très considérable, autrefois partie en futaie et partie en taillis, appelée de Mauco. La terre en est excellente. Par arrêté du 29 frimaire an XI, le Département la régit. Si la forêt était close, la Nation pourrait en tirer de grands avantages.[15][56]

Le débat, lui, est clos. La Forêt de Maucor est bien un de ces lieux qui ont fait dire à nos ancêtres :

Bonne terre, mauvais chemins.

 

Les alter ego

 

Mon copain le chêne, mon alter ego.

Georges Brassens

 

Le 5 août 1548, Damoiselle Marguerite de Cauna, dès après son mariage, vendit sa part de notre Forêt de Maucor, une partie de sa dot, au roi de Navarre. Avec licence et permission de son mari, noble Paul seigneur et baron d’Andouins. Les d’Andouins devaient être endettés, estime M.Ferron. «Plaie d’argent n’est pas mortelle».

Pour l’évènement se trouvent réunis à Sébignac (Sévignacq), en Béarn, autour de Henri II, roi de Navarre, bailleur, outre les d’Andouins, vendeurs, messire Jacques de Foix, évêque de Lescar, Monsieur de Candalle, Tristan baron de Monein, sénéchal de Béarn, Jean d’Albret, sénéchal de Foix, et surtout Jean de Serres, maître particulier de la monnaie de Morlaàs. Le haut du pavé.

Ce qui ce jour là nous intrigue n’est ni que les terre et seigneurie de Maucor changent une fois de plus de main, ni le piteux état de la bourse des d’Andouins. C’est que Jean de Serres, seigneur de Maucor[16][57], puisse assister sans mot dire à la vente d’une seigneurie de Maucor autre que la sienne. Mettons-nous à sa place. Il y avait autour de la table un autre seigneur de Maucor, son alter ego, son «autre lui», son double, son duplicata, son clone, son homonyme, en quelque sorte ! J’imagine que le titre équivoque dut alimenter la conversation lors du repas qui suivit. Et l’on ne manqua pas d’évoquer le cas des deux Henri II, le présent roi de Navarre et son contemporain voisin roi de France.

 

De l’harmonie en toutes choses

 

Quouan las besties soun près, qué caü siüla tout dous.

Quand les vaches sont près de nous, nous sifflons doucement.

Un Jurat ossalois[17][58]

           

            La Forêt de Maucor est bien notre clé. Mais quel chemin mène un Maucor à la porte d’entrée en Béarn ? Nous savons seulement que la porte s’ouvre entre 1290 et 1385, comme nous l’avons vu à Morlaàs. (Rappelons-nous que pas un sieur de Maucor n’est identifié en Béarn en 1290, selon les Notices).

La Forêt est située aux confins du pays d’Albret, de la Chalosse (Saint-Sever) et du Marsan (Mont-de-Marsan), aux frontières mouvantes. Elle avait en ce temps deux co-seigneurs : le seigneur d’Albret depuis 1308 et le seigneur de Cauna (Chalosse) depuis 1274, tous deux vassaux du roi d’Angleterre.

Hélas, dans son article «La “forêt” de Mauco», Jean de Lobit ne dit rien de plus sur ce siècle et le suivant. Pourtant il fut celui de Gaston III Fébus, seigneur souverain de Béarn, comte de Foix, vicomte de Marsan, de Gabardan, de Nébouzan, de Lautrec et des Terres-Basses d’Albigeois, co-seigneur d’Andorre, de 1343 à 1391.

Dès sa prise de pouvoir le jeune Fébus fait avec sa mère une grande tournée d’hommages sur ses terres. Il commence par Morlaàs. Le 27 février 1344 il est à Mont-de-Marsan. La cérémonie eut lieu au Cers, un bois de chênes ! Le chêne, arbre hautement symbolique, comme l’était le chêne de Guernica ou du roi Saint-Louis. Gaston s’engageait le premier à respecter les droits et libertés locales et à défendre ses vassaux du Marsan, avant de recevoir l’hommage de l’assemblée de la cour dels Sers, de la forêt de Cers. Mais nous n’avons pas aperçu dans cette noble assemblée les seigneurs d’Albret et de Cauna, co-seigneurs de Maucor. De plus les seigneurs d’Armagnac revendiquaient le Marsan…

En 1347, Fébus avait déclaré, souverain : Je ne tiens ma terre (de Béarn) que de Dieu et de mon épée. Donc d’aucun roi, ni de France, ni d’Angleterre. Il renvoyait dos à dos ces deux rois en guerre (de Cent Ans). Mais pour les terres autres que celles du Béarn, il ne pouvait en dire autant.

Tout devint presque clair après la fameuse bataille de Launac, le 5 décembre 1362. Les troupes de Gaston Fébus écrasèrent celles des Armagnac et de ses alliés, parmi lesquels nous retrouvons Arnaud-Amanieu d’Albret, co-seigneur de Maucor ! Arnaud-Amanieu fut fait prisonnier et, devant payer une belle rançon, les Albret perdirent-ils là la co-seigneurie de Maucor ? La victoire eut deux conséquences : Gaston et le Béarn devinrent très riches grâce aux rançons et les vaincus ne contestèrent plus la vicomté de Marsan[18][59] à Gaston…qui devait malgré tout hommage au Prince Noir anglais pour le Marsan, terre de Gascogne. Mais Gaston, Prince des Pyrénées, demanda au Prince Noir une redevance pour laisser ses troupes gagner l’Espagne par le Béarn !

L’énorme trésor de Orthez constitué par les rançons de ses prisonniers de Launac, Fébus l’arrondissait en affranchissant les serfs contre redevance. Riche donc, Fébus transforma ses terres, jusque et y compris Mont-de-Marsan, en un pays ceint de tours se dressant haut dans le ciel, dit-on à sa gloire[19][60]. Le Béarn attira les ambitieux. Qu’en ces riches heures un dénommé Maucor passe la «frontière» de Béarn pour s’y établir n’est que logique. Voilà une déduction qui est loin d’être hardie.

Reconnaissons toutefois que des années 1050 (du temps de Unaud vicomte de Maucor) à 1385 (quand furent répertoriés les Maucor et Maucoo du Béarn imposables par Gaston Fébus), plus de trois siècles de vide documentaire troublent encore notre sérénité. Mais nous venons d’entrevoir les conditions favorables par lesquelles un sieur de Maucor a pu entrer en Béarn durant la période 1290-1385.

La raison de ce déplacement ? Les affaires, donc.

Toujours bien réfléchi, sachant ce que nous savons, disons qu’un Maucor «héritier» de Unaldus, vicecomes de Malker, a pris la route du sud pour le Béarn, suivant le chemin de Compostelle, attiré par le «riche bailliage de Lagor», à 50 km de la Forêt. Il s’y installe et devient domenger, avec maison noble. Et c’est à la génération suivante, en 1385, que nous comptons en Béarn quatre feux de Maucor.

 

D’une belle confluence d’indices en supputations, de faits établis, de conjectures convergentes, naît une conviction taillée dans le roc, que dis-je, dans le marbre le plus beau. Maintenant règne une douce harmonie. Les éléments s’assemblent dans une belle cohérence. Maucor est né en Chalosse ! Maucor vient de Chalosse !