7 -Les forces centrifuges

En Dieu seul gyst la vraye constance, laquelle l'homme sage doit viser

 Pierre Rostégui de Lancre, démonologue

Chez le duc de Bouillon

 

 

Les Maucor ont gardé le nom historique. Les Mauco ont perdu le «r» par un effet de mode. Quant à Maucort, Maucors, et Maucorps, il est permis de penser que, loin des origines, loin des racines, loin du parler gascon ou béarnais, à une époque où «les noms propres n’ont pas d’orthographe», l’imagination créatrice ou vagabonde, selon l’humeur, d’un curé ou d’un employé de mairie en a fait des noms «français» ; à moins qu’il ne s’agisse d’une manière de distinguer les familles.

De 1891 à 1915 sont nés en France 33 Maucort,  dont 29 dans les Ardennes[1], principalement à Fumay. Un détail de taille. Comme si une graine avait été plantée là… Après investigations nous découvrons[2] que des Maucort et des Maucor ont cohabité à Fumay, en Ardennes, fin XVII°s. !

Mais Cro-Magnon chassa Neandertal : Maucor disparut.

Les mormons m’ont ouvert « leurs » archives, les registres paroissiaux de Fumay de la période 1658-1792, desquelles j’extrais ceux-ci : 

·        Joannes Maucors (avec «s»), fils de Petri Maucors et Marguerite Karite, est baptisée le 6 janvier 1665 à Fumay, en l’église Saint-Georges.

·        Ludovic Maucor s’est marié à Marie Hollogne le 26 février 1691, à Fumay.

·        Anne Maucort (avec «t») s’est mariée à Joannes Parent le 28 novembre 1693, à Fumay

Coexistence troublante. Difficile d’accepter la coïncidence. Troublé donc, je poursuis le tri. La conclusion m’épate par sa limpidité. Et je peux, sans vergogne, énoncer le théorème suivant : «Des Maucors peuvent donner naissance à des Maucor et réciproquement» !

Démonstration (Ici, j’ai une pensée pour les paléontologues, aujourd’hui dépassés par la profusion des archives en os pétrifiées. Je leur dis «Bon tri et bon courage») :

Joannes Maucors, né en 1665, est le plus ancien des Maucor, Maucors et Maucort nés ou mariés à Fumay, identifié par les copies mormones des registres paroissiaux.

Le 17 août 1687, il se marie ( toujours avec «s» ) à Elisabeth Bouchy. Joannes et Elisabeth ont des enfants. Dans l’ordre de baptême, de 1691 à 1703, ils auront : Marie-Anne, Nicolaus, Joannes, Petrus Josephus, Nicolaus Franciscus … et peut-être d’autres encore.

C’est alors que nous constatons que sur tous les registres de baptême de ses enfants Joannes Maucors porte le nom de Joannis Maucor, sans «s» ! Il n’y a pas de doute, il fallait rétablir la vérité !

Le théorème énoncé s’applique jusqu’à la Révolution. En effet, cent ans après Fumay, à Avrainville, en Meurthe et Moselle, il se produit aussi une transmutation alchimique, de Maucor en Maucorps. L’or se métamorphose en plomb, le carrosse devient citrouille. Y est né, en 1786, Etienne Maucor, fils de Dominique Maucor et Monique Bernard, parmi des Maucorps dont le nom vient d’apparaître dans les registres paroissiaux. Mais il s’agissait d’un spasme erratique, du dernier soubresaut. Trois ans plus tôt les mêmes père et mère avaient engendré Catherine Maucorps (avec «ps») ! Dominique, le père, s’appelait cette fois Maucorps, à en croire le curé. Plus tard, après la Révolution (et la loi sur l’immutabilité des patronymes) naîtra un petit frère, Christophe Maucorps, congelant définitivement le nom dans l’erreur et l’oubli.

L’éloignement raccourcit la mémoire. Loin de la lumière, dans des profondeurs aphotiques, Maucor est devenu Maucors, Maucort ou Maucorps au cours d’actes – manqués ? – d’état-civil et religieux. Le parler local appelle à la création des  dérivés de Maucor. Le nom des Maucor muta, s’adaptant au milieu, prenant de l’ampleur, aussi bien que les tortues géantes des îles Galapagos.

Au XX°s., les quelques Maucors sont parisiens, probables descendants de Jean Maucors, qui se maria le 19 novembre 1570 à Jacquette Gousset, à Saint-Germain-en-Laye.

Quant aux Maucorps, ils n’existent aujourd’hui qu’en pays d’oil.

Inévitablement se pose la question : «Pourquoi des Maucor dans cette lointaine contrée des Ardennes ?» Au premier  abord il n’y a qu’une explication crédible ; elle porte la marque du duc de Bouillon. Du temps où ce duc ardennais était co-seigneur de (la Forêt de) Maucor, un Maucor est allé s’aventurer dans son duché. Fumay, en France, n’est qu’à 57 km de Bouillon, en Belgique aujourd’hui.

L’épisode par lequel le duc de Bouillon est devenu co-seigneur de Maucor intéresse l’Histoire de France[3] : pour renforcer la ligne de défense du nord de la France, Richelieu imagina de faire un échange pour obtenir, en particulier, la place de Sedan. Finalement c’est Anne d’Autriche qui échangea les seigneuries de Sedan et Raucourt contre les restes de l’illustre duché d’Albret. Les terre et seigneurie de Maucor en faisait partie. Un contrat fut signé le 20 mars 1651. Et le nom de Maucor apparut dans les Ardennes. Mais loin des racines, il laissa place à ses avatars.

Laisse la rose au rosier. Si tu la coupes, elle en mourra.

 

Sur la Meuse

 

Las ! Les dernières découvertes d’une ardennaise, fille de Maucor, balayent cette hypothèse comme une piètre ligne Maginot : deux cents ans plus tôt des Maucor furent, sur leur grobane, bateliers-passeurs sur la Meuse ! Elle écrit[4]

Le patronyme Maucor apparaît dans un certain nombre de communes situées le long de la Meuse entre Namur au nord et Revin au sud. Il est orthographié (…) Malcorps, Macor, Maucor, Mancor, Maucours, Maucort, etc.

A ma connaissance c’est à Revin que l’on trouve la plus ancienne mention de ce patronyme. Dans le registre émanant de la cour de Justice de Revin, un acte de 1445 concerne Gérardin Macor «chargé du passage de Revin dessurs.

Les Maucor ardennais ne seraient-ils que des descendants de chasseurs de sangliers ? Un doute fugace…

Il faut remonter le cours de l’Histoire jusqu’au tout début de la Guerre de Cent Ans, d’où viennent les noms flamands des villages béarnais de Bruges et Gan. En 1328 le père de Gaston Fébus, Gaston II comte de Foix, vicomte de Béarn, avait combattu en Flandre au côté du futur roi de France, Philippe VI de Valois... Ils y aidèrent le comte de Nevers à mater la révolte des flamands, qui préféraient les fournisseurs de laine anglais à leurs clients français de tissus des Flandres. Cet épisode le marqua au point qu’il donna les noms de villes flamandes à Bruges, Gan et Tournay, villages pyrénéens. (Gan fut construit en 1335)

Gaston alla en Flandre avec ses propres troupes.

Parmi elles, un certain Maucor, si je ne m’abuse… à moins que ce Maucor ait fait partie du contingent de trente hommes d’armes que le vicomte de Tartas, alors co-seigneur de Maucor, a dû fournir en 1302, à «l’invitation» du roi de France Philippe le Bel, prêt à marcher contre les Flamands[5] ? L’un se ces gens d’armes nommé Maucor a trouvé accueillantes les rives de la Meuse.

Du côté anglais, le roi Edouard III mobilisa aussi ses vassaux et seigneurs landais de la Guyenne en 1330 et 1337. En 1337, il engage le vicomte de Tartas à soutenir les intérêts de sa couronne, mais le père de Gaston Fébus, dévoué au roi de France, attaque Tartas et l’emporte après quelques jours de tranchées. Mais Tartas redevint anglaise jusqu’en 1442.

Etrange guerre, qui n’eut lieu que l’été, interrompue par des mariages ou autres obligations, et quelques guerres privées. De rares combats de la guerre de Cent Ans impliquèrent les Béarnais. Gaston Fébus fit en sorte qu’ils ne meurent pas mais vivent de cette guerre. Il déclara d’abord l’indépendance du Béarn : Je ne tiens cette terre que de Dieu et de mon épée. Profitant de ce que la route le long de la Garonne était perturbée et de ses places fortes le long des Pyrénées, il organisa, TTC, le commerce entre Montpellier et Bayonne, port anglais. Dans un sens les luxueux produits italiens et catalans, le pastel du Lauraguais, dans l’autre les tissus des Flandres et d’Angleterre, qui allaient aussi vers l’Espagne.

 

Jacob Mauco, huguenot béarnais

 

            Je suis devenu un étranger à mes frères,

un homme du dehors aux enfants de ma mère !

David. La Bible

Avec la reine Jeanne d’Albret, la mère de Henri IV, l’élite éclairée devint huguenote en Béarn. Des seigneurs, des notables, des cap d’ostaus, devinrent calvinistes. Ils donnèrent à leurs enfants des noms bibliques comme Abraham, Isaac, Jacob, David, Marie, Rachel, Suzanne, Sarah. En 1564, La Discipline ecclésiastique du Pays de Béarn définit la doctrine, en béarnais. Le Béarn souverain devint officiellement calviniste. Mais en 1569-1570, une guerre civile entre catholiques et protestants déchira Béarn, Bigorre et Navarre.

Est-ce la raison du départ du père de Jacob Mauco pour l’Angleterre ? Ou bien Jacob quitta-t-il plus tard le Béarn ? Fut-elle triste l’aventure de Jacob Mauco et de sa femme Marie Paillet, qui donnèrent naissance, de 1603 à 1620, à Jacob, Marie, Sarra, Abraham, Isac, Ezesyas et Bartelemew sur le territoire britannique[6] ? Ils étaient le plus probablement originaires du cœur du Béarn protestant, du côté de Orthez, descendants d’une de ces deux familles Maucor ou Maucoo recensées deux siècles plus tôt par Gaston Fébus, à Abos et Sarpourenx.

Leurs noms souffrit du voyage. Jacob Mauco fut enregistré par deux fois sous «Jacop Maucou», une autre fois sous le nom de «Jacob Maucou». Sa femme Marie Paillet, enregistrée correctement en 1609, devint «Marie Pauels», ou tout simplement Marie, Mary ou Marye. Une autre fois elle ne fut même pas enregistrée comme mère de son enfant…

Comme Jacob et Marie, un autre couple, Jean et Sara Maucou, émigrèrent en Angleterre où ils donnèrent naissance à une Marie Maucou, en 1604. Jean pouvait être le frère de Jacob. Cette famille a du «sentir le fagot».

Et, pour ces naissances, ils ont bu à la gloire du cru béarn-bellocq, si l’on en croit les viticulteurs d’aujourd’hui :

Cette petite appellation se développa au Moyen-Age et connut son heure de gloire au XVII°s. lorsque les Huguenots expatriés en Hollande et en Angleterre la firent connaître à leurs nouveaux compatriotes. Parmi les amateurs des vins de Béarn-Bellocq, la reine Jeanne d'Albret mère de Henri IV qui était ici sur ses terres.

Mais tous les huguenots ne quittèrent pas le pays. Ce que semble déplorer cinquante ans plus tard Jean Laborde, curé de Lanneplan, près de Orthez :

j'ai bu soubent le puble à grandes troupes en la bille d'Ourthez sortir et entrer au temple des huguenots, dont j'ai grand mal au cœur ; car la plupart du peuple du Béarn sont des huguenots.

Ces propos nous sont reportés par son frère Henry, dans sa chronique[7]. De Henry et de Jean, il est dit dans Le livre familial des Laborde-Peboué :

jean laborde moureut fort vieux curé de sainte susane (près de Orthez) en bearn, ou il est enterré dans leglise.  

henry laborde fils de roger moureut aussy fort vieux, aiant resté cadet dans la maison, et est enterré dans notre sepulteure de leglise du mus, il se liuroit un peu trop a ses plaisirs, surtout au vin, qu'il prenoit quelque fois sans mesure, dont il se corrigea un an, avant de mourir, mais non pas plustost

Faut-il comprendre qu’il est mort d’avoir cessé de boire ?

Henry, le Gascon, a l’esprit synthétique et pratique. Dès le début de sa chronique, il aborde deux sujets majeurs dans un même élan optimiste : Le roy de France était pour lors conseillé par M. le Cardinal de Richelieu qui étoit un fort bon esprit. En ladite année 1638 il y eut assez de vin ; il se vendait pour la Toussaint à 16 livres la barrique.

Un autre Richelieu, maréchal celui-là, gouverneur de Guyenne, posa plus tard la bonne question[8] :

Si Dieu voulait interdire de boire, aurait-il fait un vin si bon ?

Sur ce point, il n’y eut jamais de controverse entre catholiques et protestants béarnais. Ils n’ont pas mangé que de l’eau…

 

Joannes Maucor et Voltaire chez le roi de Prusse

 

Contre toute attente, paradoxalement, ce n’est pas un Maucor protestant que nous allons retrouver en Prusse, forteresse huguenote, mais un Maucor «katholish» ! [9]

Mais pour quelle raison Joannes Maucor, catholique, alla-t-il se marier, le 8 octobre 1752, avec Christina Jansénius, en Prusse, base protestante ? Seulement pour les beaux yeux de Christina… ? Il serait beau, pour notre histoire, que Christina fut descendante de ce Jansénius qui fit de Blaise Pascal un janséniste, cent ans plus tôt. Mais qui sait ?

Un homme de génie va nous aider à comprendre pourquoi Joannes s’en fut en Prusse. Cet homme est Jean-Baptiste Arouet, dit Voltaire, ennemi de ces jansénistes. En ce temps là, alors que Joannes séduisait Christina, Voltaire, lui, séduisait -sur d’autres critères- le roi de Prusse Frédéric II. Il séjourna à Berlin (de 1750 à 1753) auprès de ce roi, pour lequel on dit depuis le traité d’Aix-la-Chapelle (1748) que travailler pour rien c’est travailler pour lui ; nous avons tous «travaillé pour le roi de Prusse». Louis XV, par ce traité, avait renoncé à toutes les conquêtes militaires françaises : les Pays-Bas - par la bataille de Maëstricht, où est mort d’Artagnan, le seul des quatre mousquetaires à n’être pas béarnais - la Savoie, le comté de Nice. En prétendant traiter en roi et non pas en marchand comme il disait, il avait travaillé pour le roi de Prusse, dit-on depuis.

En Prusse, surprise : Joannes et Voltaire n’étaient pas dépaysés. Quatre mois après son arrivée à Berlin, Voltaire écrivait : Je me trouve ici en France. On ne parle que notre langue. L'allemand est pour les soldats et les chevaux ; il n'est nécessaire que pour la route. L’Académie de Berlin est présidée par un Français, Maupertuis. Mais Voltaire, devenu indésirable et riche, doit quitter Frédéric II et se réfugie à Fernet, près de Genève. Qu’advint-il de Joannes Maucor, certainement moins célèbre et moins riche que Voltaire ? Travailla-t-il pour le roi de Prusse ? Je n’ai pas de réponse. 

Mais pour ce qui concerne l’origine de Joannes Maucor, me laissant aller à quelques recherches généalogiques, j’avance une explication hautement croyable : Joannes est né à Fumay, dans les Ardennes.

Parmi les Joannes Maucor baptisés à Fumay (selon les registres paroissiaux de l’église Saint-Georges) deux sont susceptibles pouvoir se marier avec Christina, en 1752:

 

- Joannes MAUCOR - 3 Juin 1695

- Joannes Josephus MAUCOR - 7 Jul 1695

 

- Joannes Nicolaus MAUCOR - 4 Jan 1718

- Joannes MAUCOR - 29 Dec 1720

- Joannes MAUCOR - 21 Feb 1728

 

- Joannes Hugo MAUCOR - 22 Nov 1740

- Joannes Nicolaus Joseph MAUCOR -11 Jan 1741

- Joannes Nicolaus MAUCOR - 28 Jan 1742

- Joannes Ludovicus MAUCOR - 5 Jul 1745

 

Mais l’un de nos deux Joannes s’est marié le11 Oct 1750 à Fumay, en l’église catholique, avec Maria Ludovica Giaux. Pour l’autre, pas d’acte de mariage, ni à Fumay, ni ailleurs en France. De là à conclure qu’il s’est marié en Prusse il n’y a qu’un pas…

Après la Révolution

 

Le 18 ventose An XII aurait été le vendredi 9 mars 1804 sur le calendrier grégorien. Le lendemain, un samedi. Ces jour-là sont nés en Béarn deux hommes aux destins opposées. L’un ouvre une histoire, l’autre en ferme une autre.

 

Firmin Mauco naît à Narp, village béarnais, ce 19 ventose. Narp c’est, en basque, la souche[10]. C’était dit, Firmin fera souche (le mot est facile). Au Brésil, il deviendra Fermin ! Les archives d’une famille brésilienne (Arquivo da familia 1978 – Church of Jesus-Christ of Latter-day Saints, Sao Paulo) ont identifié Fermin Mauco, né le 10 mars 1804 à Narp, Orthez, fils de Juan Mauco et Maria Moulia, comme le fondateur de leur lignage. Des Mauco, attirés par l’eldorado, ont aujourd’hui des descendants en Amérique du Sud, au Venezuela, en Argentine, au Brésil.

 

Jean Mauco naît à Sendets le 18 ventose An XII. Sendets, près de Morlaàs et Pau, est l’une des communes historiques des Maucor depuis le recensement de 1385. Jean ne porte pas le nom de son père, pourtant le mari de sa mère. Il porte le nom de sa mère Marguerite sur l’acte d’état-civil transcrit par les Mormons. Pourtant Marguerite Mauco a bien été mariée au père de son fils, à Jean Arramonde, le 29 juin 1802, nous disent encore les archives mormones. Elle eut aussi deux autres enfants d’un autre père. Mais pas de trace d’un second mariage avec Jean Bergouly, père de sa fille Jeanne Mauco née le 9 novembre 1805 et d’un second fils, Pierre Bergouly, né le 17 avril 1808. De ses trois enfants, les deux qui portent le même nom ne sont pas du même père et les deux qui ont le même père ne portent pas le même nom ! De quoi nourrir les ragots ou bâtir une belle histoire.

La belle histoire est une histoire bien béarnaise. Le temps d’aller fouiller les archives et tout s’éclaire : Jean Arramonde et Jean Bergouly ne font qu’un ! Parole de Mormon n’est pas parole d’Evangile. L’acte de naissance de son fils Jean dit :

Du dix-huitième jour du mois de ventose l’an douze de la République française.

Acte de naissance de Jean Mauco né le dix-huit du dit mois, à cinq heures du matin, fils de Jean Arramonde dit Bergouli, Laboureur, et de Marguerite Mauco domiciliés dans la commune de Sendets.

Le sexe de l’enfant à été reconnu être mâle.

Premier témoin, Pierre Larré âgé de quarante ans(…)

Sur la réquisition à nous faite par le citoyen Jean Bergouli père de l’enfant. Signé constaté par moi Pierre Caubet maire de la commune de Sendets.

Bergouli                     Larré              Caubet

 

Malgré les formes, la Révolution n’était pas encore passée. Implicitement, il est dit que Jean Arramonde habitait la maison Bergouli et, de plus, qu’il fallait perpétuer le nom de la maison Maucor, de souche antique, sans héritier de sexe mâle. Le nom de la maison prévalait toujours sur le nom de famille[11]. La tradition ignorait superbement la nouvelle loi du 6 fructidor an II (23 août 1794) sur la transmission automatique du nom du père. Pour voir respecté ce principe «d’immutabilité», il faudra attendre la naissance du second fils, Pierre Bergouly, le 17 avril 1808 !

A Sendets, un Jean Mauco était mort le 13 avril 1803, un autre mourra le 5 décembre 1813. Il fallait, dans cette lignée, que vive non seulement le nom de Maucor mais aussi le prénom Jean, d’un grand-père, certainement. Mais le sort en décida autrement.

Marguerite Maucor (avec le «r» final originel magnifiquement retrouvé !) disparaît le 20 février 1845. Elle est la dernière représentante de cette famille de vieille souche, dénombrée à Sendets près de cinq cents auparavant, sous Gaston Fébus. Malgré la transmission pathétique du nom de la mère aux premiers enfants, celui-ci disparaît de Sendets.

La branche est morte, mais les racines subsistent : les murs de la maison devraient être debout.

Sendets, loin s’en faut, n’a pas fait acte isolé de résistance à la loi révolutionnaire. A Louvie-Juzon, en Vallée d’Ossau, nous rencontrons Anne Maucor, mariée à Jean Laplagne. Les actes de naissance et de décès[12] de leurs jeunes enfants le disent bien : les enfants portent le nom de leur mère, Maucor, et le père, charbonnier, est appelé Laplagne dit Maucor. Le devoir de sauvegarde et de transmission du nom de la maison Maucor située à Louvie-Juzon l’exigeait. Laplagne, «la plaine», tout considéré, si respectable soit-il, n’était qu’un patronyme venu de Bigorre voisine. Anne Maucor mourra à l’âge de 86 ans, en 1852. La généalogie nous dira si la récente maison Maucor des Eaux-Bonnes, est issue de cette souche du Bas-Ossau, dont nous trouvons trace au début du XVIII°s.

Voilà illustrée la résistance béarnaise face à la loi hors d’usage. Vaine résistance, nous

le savons. Depuis, les enfants des filles Maucor ont pris le nom de leurs pères.


Les dignes héritiers

 

Les Mauco du XX°s. sont plus nombreux que les Maucor. Ils sont eux aussi soumis aux forces centrifuges qui éloignent du centre. Ils sont trente à être nés entre 1891 et 1915[13] :

·        Six sont nés à Laàs, en Béarn, probables héritiers de l’une des familles Maucor ou Maucoo contemporaines de Gaston Fébus et vivant dans la zone d’influence de Orthez, à Sarpourenx ou Abos.

·        Huit dans le Gers, dans huit villages (Ansan, Aubiet, Juillès, Lagarde, Pompiac, Pujaudran et Saint-Sauvy).

·        Trois en Gironde.

·        Douze sont nés à Paris ou dans les Yvelines.

·        Un dernier en Lot-et-Garonne.

Parmi ces trente représentants, l’un, Georges, a laissé sa marque dans le paysage français. Marque indélébile, je le crains. Nous le verrons.

De 1961 à 1990 seulement vingt et un Mauco sont nés, dispersés dans dix départements français, dont six du Sud-Ouest.

Les dignes descendants des seigneurs, cap d’ostaus ou Cagots, sont parfaitement intégrés au décor. Le gersois fournit la matière, le girondin fournit l’emballage. Que l’un fabrique des caisses en bois pour expédier dans le monde entier les meilleurs produits de la vigne ou de la ferme est dans l’ordre des choses ! Il y a la marque d’origine là dessous :

CARTONS - COFFRETS - CAISSES BOIS POUR VITICULTEURS, NEGOCIANTS, CONSERVEURS TRAITEURS, CAVISTES, ETC.

Que l’autre fournisse cette matière si prisée est notable ; il est depuis lors seigneur de Gascogne sur Internet !

… Producteur à la ferme à L'Isle Jourdain Gers en Gascogne vous propose ses foies gras, confits, plats cuisinés à base de canards gras élevés sur son exploitation, visite de la Ferme[14]

Située à L’Isle Jourdain dans le Gers, cœur de la Gascogne, La Ferme de Las Crabères est une petite exploitation agricole familiale qui depuis 2 générations s’est consacrée exclusivement à la production du canard gras.

Nous élevons nos canards en plein air, dans le respect de la Charte de Qualité des conserveurs à la ferme du Gers. Conformément à la tradition, nous gavons nos canards avec des grains de maïs naturels entiers, pour obtenir des foies gras de qualité pesant de 400 à 600 grammes, et même parfois plus !!!

 

Du démonologue au démographe et réciproquement

 

Il ne faut pas insulter l’eau des fontaines ni celle des puits

Proverbe gascon

 

Aucun monument n’a été élevé à la mémoire des Cagots maudits ou des sorcières fagotées. Longtemps après un énorme lapsus révèle ce mémorable oubli historique : le démonologue Lancre devient le démographe de Henri IV ! (par la grâce du guide officiel du château de Toulouse-Lautrec, acheté par la mère du peintre). Nous savions Henri IV fécond, mais pas au point d’exiger un démographe attitré. Pourtant le phénomène Lancre n’a pas du tout été un lapsus historique. La mémoire courte a des pouvoirs magiques.

Au XX°s. - comme si c’était hier - par quel sortilège ce possible descendant de Cagots, le nommé Georges Mauco, a-t-il pu devenir l’un des démographes les plus écoutés de l’entre-deux guerres[15], l’énergumène théoricien auteur d’un nouveau Marteau des sorciers ? L’idéologue épurateur ? Ce démonologue moderne, au bout d’une recherche obsessionnelle de la préservation de la «race pure», de «l’ethnie française» a théorisé et participé à cette volonté de légitimation de la pensée nazie et de ses pratiques d’épuration[16]. C’est ainsi que l’on parle de ce Mauco-là

Il distingua dans l’immigration les ethnies assimilables de celles non-assimilables. Les Russes, les Arméniens et les Juifs, entre autres, ne pouvaient être assimilés par la France éternelle. Il révéla doctement ce qu’il ressentait lui-même: (...) le mot racisme, aujourd'hui, exprime moins la réalité d'une race que l'intolérance contre l'étranger, contre celui qui est différent.

Georges Mauco, est tombé dans le racisme, le démon des démographe. Le paradoxe c’est qu’il crut être exorciste.

Ce Georges Mauco a du Pierre Rostegui de Lancre dans la tête ; il tient un discours que celui-ci n’aurait pas renié ; avec d’autres mots, il est lui aussi si peu anachronique. Lancre - que d’aucuns ont dit d’origine basque ! – avait dit que les Basques était une race barbare. Lancre avait maudit les Basques, les Basques avaient maudit les Cagots, qu’ils appelaient Agots. Les Cagots avaient maltraité leurs chiens…et les chiens…

 

L’héritage des vieux démons

 

Vieillesse sera incurable cette année à cause des années passées...

Rabelais. Les Pantagruelines Pronostications

 

L’ironie de Rabelais n’a pas suffit. Ce passé dans lequel les Maucor vécurent a laissé ses marques. Tout change mais tout sera semblable. L’art du pronostic a de l’avenir.

Que sera un vieillard ?

Georges Mauco l’a défini le premier, en 1932 : toute personne âgée de plus de 50 ans est un vieillard.  Puis vint Alfred Sauvy pour qui un vieillard est âgé de plus de 60 ans. En 1978, Alfred Sauvy, âgé de 80 ans, soutenu par l’historien Pierre Chaunu, se ravise : un vieillard a plus de 65 ans. En 46 ans, le vieillard a vieilli de 15 ans. A ce rythme, prédisons que le vieillard sera centenaire vers 2080. Incidemment, il faut noter que les joueurs de quilles de neuf de la catégorie «vétérans», créée en l’an 2000, sont de solides vieillards de plus de 70 ans.

Que sera un astrologue ?

Depuis Rabelais aucune prédiction n’a pu être égalée[17]. Les astrologues en feront toujours, mais jamais d’aussi sûres. Henri IV fut le premier roi de France à n’avoir pas d’astrologue attitré. L’Histoire a retenu que le dernier astrologue scientifique officiel a été Newton. Et que c’est après vu tomber une pomme qu’il a su prédire sa chute par une équation. Newton a réhabilité la pomme mais pas les astrologues. La Sorbonne s’en charge aujourd’hui, c’est pourquoi leur chute reste imprédictible.

Que sera un possédé ?

Le possédé du 3° millénaire parlera et comprendra des langues qu'il n'a jamais apprises, discutera en théologien, manifestera une force herculéenne, sera sujet à des phénomènes comme la lévitation, se plaindra de douleurs. Il fera preuve d’insolence et de haine. L’Eglise a ainsi rénové le Manuele exorcismorum (Manuel de l’exorciste) de 1614[18]. La nouvelle définition apporte quelques nuances – le possédé ne prédira plus l’avenir - mais le fond reste le même : le Démon sévira encore. Des mesures appropriées sont toujours nécessaires.

En 1986, sur quelques 5 000 cas de possession soumis à expertise, 3 furent authentifiés par les autorités ecclésiastiques, les autres relevant de la psychiatrie. Le Diable est donc toujours actif, même si les énergumènes se raréfient. Les exorcistes aussi, depuis que l’Ordre des Exorcistes a été dissout, en 1972. L’évêque nomme un prêtre-exorciste quand nécessaire. Mais il n’est plus question de brûler les sorcières.

 

Les écologistes du XX°s. l’ont déclaré : Haut-Mauco et Bas-Mauco, sur le territoire de la Forêt de Maucor, sont ensorcelées et figurent sur la liste noire des communes sur lesquelles les Organismes Génétiquement Modifiés –dits OGM– sévissent. La Forêt a en partie laissé place aux champs de maïs transgéniques des mauvais génies modernes, source d’autres tourments. Les nouveaux sorciers étudient :

·        Étude au champ de la stabilité d'un caractère de stérilité mâle intégré dans un maïs génétiquement modifié selon un programme d'expérimentation pluriannuel (4 ans) Avis favorable 1997.

·        Étude au champ de la stabilité de l'expression de la résistance à la pyrale d'un maïs génétiquement modifié selon un programme d'expérimentation pluriannuel (4 ans) Avis favorable 1997. [19]

Les nouveaux exorcistes vaincront-ils ?

La forêt n’a pas cessé d’être inquiétante. Elle peut inspirer à des esprits alambiqués des commentaires aussi impénétrables que la forêt peut l’être. De Marie Madeleine Davy, dans «L’arbre», éditions du Félin :

Les contes et légendes s’avèrent passagèrement efficaces pour guider le voyageur dans la forêt de l’intériorité extérieure et aussi dans celle du dedans.

Ce que Umberto Eco, célèbre médiéviste auteur du «Roman de la Rose», esprit pénétrant et concret, illustre positivement dans «Comment voyager avec un saumon» :

Le suppositoire contient l’idée du trajet forcé qui, du dehors – le monde de l’apparence – le conduit vers le dedans – le monde de l’intériorité. Le suppositoire se présente donc comme le symbole même de ce processus d’intériorisation propre à toute initiation.



[1] Statistiques INSEE www.notrefamille.fr. Voir note a.

[2] dans les copies mormones de nos archives www.familysearch.com

[3] Voir Chapitre 5, « Vie et mort de la Forêt de Maucor ».

[4] «Les origines de la famille Maucor de Fumay et d’ailleurs», par Michèle Clarinval, «Ardenne wallonne» n°85 Juin 2001, revue du Cercle d’Histoire Régionale de la pointe de Givet et Terres Limitrophes. Surprenant de trouver à Fumay, en 1604, Jeanne Maucour veuve de Jean d’Aspe ( Aspe, vallée de Béarn ! )

[5] Traité de ban et arrière-ban, par Larroque, p.95 et 98. ( F.J. Bourdeau « Département des Landes »)

[6] Voir la base de données mormone. Les naissances sont enregistrées par le « Threadneedle Street French Huguenot, London, London, England »

[7] Henry de Laborde-Péboué (1602-1672), de Doazit, en Chalosse, Landes. Il est l’auteur d’une chronique naïve et pleine d’enseignements, Voir Note f.

[8] A propos du vin de La Mission Haut-Brion, bordeaux élevé pieusement par les frères de Saint-Vincent de Paul. Voir Note g.

[9] Voir www.familysearch.org (Katholish, Heinsberg, Rheinland, Preussen)   Kirchenbuch, 1584-1798  Katholische Kirche Heinsberg (KrSt. Heinsberg)

[10] M.Grosclaude. «Dictionnaire Toponymique des communes du Béarn» : Toponyme lié au défrichement ?

[11] Cette «manie» est appelée métonymie par les anthroponymistes.  

[12] Le 29 brumaire An VI, décès de Jean Maucor (5 mois), fils de Jean Laplagne dit Maucor, charbonnier, 38 ans, et de Anne Maucor. Le  21 prairial An X, décès de Bernard Maucor (3 ans), fils de Jean Laplagne Maucor et de Anne Maucor. Le 21 fructidor An XII, décès de Jean Maucor enfant, fils de Jean Laplagne et de Anne Maucor…

[13] Voir Note m.

[14] francis.mauco@wanadoo.fr (publicité gratuite)

[15] Hervé Le Bras, démographe : «Le dur et le mou», La  Recherche. Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Laboratoire de Démographie historique. Directeur de recherche à l'INED. Auteur de « Le démon des origines: démographie et extrême-droite» (1998).

[16] Voir Note j.

[17] «Cette année, les aveugles ne verront que bien peu, les sourds ouïront assez mal ; les muets ne parleront guère; les riches se porteront un peu mieux que les pauvres, et les sains mieux que les malades. Vieillesse sera incurable... » Rabelais. Les Pantagruelines Pronostications. Sauf qu’il ignorait les pouvoirs de la fontaine de Saint-Jean d’Arrien, près de Morlaàs. Grâce à elle, « les boiteux marchent, les aveugles voient, les muets parlent », dit un texte du XIV°s. (O.de Marliave. Trésor de la mythologie pyrénéenne.) 

[18] Voir Note g.

[19] « Liste noire des communes françaises colonisées par les OGM végétaux expérimentaux. » http://terresacree.org/ogmcom.htm